La biorégion : un concept pour repenser le territoire
Récemment, l’idée de redécouper la France en régions écologiquement autonomes - ou « biorégions » - a frappé les esprits. Mais qu’est-ce qu’une biorégion ? Et pourquoi ce concept peut-il inspirer et guider un Parc national comme le nôtre? On vous l’explique en 3 minutes (allez, 4).
Cet article se base sur le livre « Qu’est-ce qu’une biorégion ? », de Mathias Rollot & Marin Schaffner, paru en 2021 aux éditions Wildproject (renvois à la pagination). Photo titre : O. Colinet.
Commençons par une définition simple : une biorégion est un territoire défini à partir de sa réalité et de ses capacités écologiques. Du coup, c'est aussi une façon de penser le territoire à l’échelle des écosystèmes fonctionnels. Bon, c’est un petit peu plus compliqué que ça. Mais pas beaucoup.
Pourquoi on en parle ? Repenser les territoires en mettant en adéquation développement humain et résilience des écosystèmes est une urgence vitale. C'est aussi une ambition du Parc national. Le concept de biorégion semble particulièrement bien adapté pour cette ambition. Du moins, c’est ce qu’on va essayer de vous démontrer…
Plusieurs couches mais un seul monde vivant
Revenons à la définition du concept. Et voyons ce qu’en disaient les Nations-Unies (UNEP) et l’UICN en 1992 : « Une biorégion est un territoire [défini] par les limites géographiques des communautés humaines et des systèmes écologiques. Une telle zone doit être assez large […] pour maintenir l’intégrité des communautés biologiques […], supporter d’importants processus écologiques […] et accueillir des communautés humaines [et] assez petite pour que les habitants la considèrent comme un ‘chez eux’ » (Global Biodiversity Strategy).
Le concept de biorégion cherche donc à superposer trois « couches » :
- écologique : un écosystème doit porter le territoire, ses habitants (humains et autres) et ses activités ;
- sociologique : la population se reconnaît dans l’identité de « son » territoire » ;
- politique : une dynamique collective assure le développement harmonieux du territoire.
INTÉRESSANT !
Le prototype de la biorégion, c’est le bassin versant avec son unité hydrologique. En récoltant les eaux des vallées, il « représente un ensemble qui unit le ciel, la terre, les eaux et la culture » (p.84). Ceci fait écho au territoire du Parc national, qui réunit les vallées du Viroin et de ses affluents.

Restaurer un lien sensible avec le territoire
Pour Schaffner et Rollot, il n’y a pas de sens à parler de biorégion sans projet de « réhabitation », terme qui « implique « la résonnance entre l’être et son milieu », la conscience que « ce qu’on habite nous transforme » (p.22).
Cette connexion restaurée s’exprime dans l’attachement des habitants aux paysages, histoires et traditions qui les ancrent dans une nature singulière. Alors, la Terre et ses limites prennent une forme sensible.
Vallées connectées
Partager l’imagination, coinventer le futur
Une biorégion consciente d’elle-même doit s’organiser pour ajuster ses modes de vie, de production et de consommation aux capacités du territoire. Bref : la politique !
Le biorégionalisme s’accompagne d’une ambition démocratique. L’enjeu est que les citoyen-nes s’approprient leur situation biogéographique de sorte que les grandes questions écologiques de notre temps deviennent concrètes en répondant à la quesiton : que peut-on faire ensemble à l’échelle de notre territoire ?
Cela suppose des « transformations culturelles ancrées en un lieu » (p.53) : l’invention d’une « culture biorégionale » qui repose sur l’expérimentation (« entre la science, la poésie, l’art et la politique » (p.32)) et la participation citoyenne.
En effet, rappellent les auteurs, « l’objectif biorégionaliste est bien la « capacitation » des peuples locaux eux-mêmes et non la labellisation des sites ou des esprits » (p.39). L’enjeu : « imaginer des formes dans lesquelles la société dans sa plus grande diversité puisse se reconnaître et s’investir » (p. 51).
CONCLUSION
Un concept ESEM-compatible ?
Le biorégionalisme suppose une dynamique collective et participative qui réinvente des modes de vie et organise le territoire dans le respect des écosystèmes et de leurs limites, tout en restaurant la sensibilité des citoyen-nes à leur milieu de vie. Voilà qui nous rappelle les trois piliers stratégiques du Parc national de l’Entre-Sambre-et-Meuse (voir : nos actions) :
- renaturer : assurer la résilience fonctionnelle des écosystèmes à l’échelle du territoire ;
- reconnecter : inviterà renouer un lien fort avec la nature et les paysages ;
- politique : développer une gouvernance collective avec les organisations et les citoyen-nes de la région.
Il ne vous reste plus qu’à relire l’article en songeant à ces trois axes… Évident, non ?