Ces 16 et 17 juin 2026, le Parc national et l’ASBL Mellifica ont supervisé la pose de 10 ruches-troncs dans les forêts de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Nous avons suivi l’équipe qui a conçu, fabriqué et posé ces ruches originales, dans le cadre d’une action inédite pour favoriser le réensauvagement des colonies d’abeille noire, l’abeille mellifère indigène.

« J’ai un peu hésité, mais très vite, j’ai eu envie de relever ce défi. Pour moi, c’est primordial de donner du sens à mon travail, qui consiste principalement à grimper aux arbres. » Benjamin est grimpeur-élagueur, mais aussi artisan du bois. Avec sa compagne Moïsette, il se sont donc lancés dans la fabrication de ruches-troncs, en accordant un soin attentif à chaque détail. Et par cette journée ensoleillée, si Benjamin grimpe aux arbres, c’est pour offrir un gîte aux colonies sauvages de l’abeille noire locale, grâce à l'installation acrobatique de ces créations originales à cinq mètres de hauteur.

L’abeille noire, rustique et locale

« L’abeille noire est la race indigène de l’abeille mellifère », entame Pascaline Bertrand, de l’ASBL Mellifica, qui a assuré la conception des ruches. « Comme toutes les abeilles mellifères, on la trouve dans les ruchers des apiculteurs. Mais elle existe également à l’état sauvage ou féral (redevenue sauvage) ».

Benjamin Kesteloot (artisan)

« Originaire d’Europe du Nord-Ouest, l’abeille noire a traversé plusieurs épisodes glaciaires et est particulièrement rustique. On pense que son patrimoine génétique, fruit d’une longue évolution dans nos contrées, est plus susceptible d’affronter les changements climatiques à venir », indique Pascaline. « Malheureusement, elle connaît un déclin inquiétant, principalement en raison de l’introduction d’abeilles mellifères exotiques ou hybrides, sélectionnées pour leurs performances en apiculture. »

Des ruches conçues sur mesure

Pour soutenir cette abeille indigène et encourager l’installation de colonies sauvages, le Parc national et l’ASBL Mellifica ont procédé à la fabrication et la pose de ruches-troncs. « Ce choix provient d’un constat bien documenté, selon lequel le manque d’habitat adapté est une des raisons du recul des abeilles noires à l’état sauvage », précise la responsable de Mellifica.

Pourquoi ces ruches sont-elles particulièrement adaptées à l’abeille noire ? « Les ruches ont été inspirés par plusieurs modèles existants, et adaptées aux spécificités de l’environnement. D’abord, la cavité est dimensionnée pour accueillir les abeilles mellifères, qui apprécient des espaces relativement confinés pour installer leur nid. Les trous d’entrée ont aussi été renforcés par un cerclage métallique, pour éviter qu’ils soient élargis par les pics. Enfin, le couvercle et le fond ont été isolés avec du liège et un toit en tôle incliné a été posé afin de maintenir des conditions de chaleur suffisante et éviter l’humidité. »

Conditions idéales

La chaleur, l’abeille noire l’apprécie. Comme son nom l’indique, elle est plus foncée que les autres races d’abeille mellifère. « Cette teinte plus marquée lui permet de mieux capter la chaleur et donc de se réchauffer au soleil », raconte Pascaline. « D’ailleurs, les ruches ont été placées sur des arbres situés en lisière, de manière à bénéficier d’une exposition favorable ».

Le choix des parcelles et des arbres accueillant les ruches-troncs ne relève pas du hasard. Des études préliminaires ont été menées par le Parc national. Arielle Guillaume les a coordonnées : « Deux stagiaires ont travaillé sur la répartition actuelle de l’abeille noire dans le Parc national. D’une part, nous avons identifié les zones où beaucoup d’apiculteurs travaillent avec la sous-espèce, afin d’éviter des hybridations avec des sous-espèces commerciales. D’autre part, nous avons réalisé des tests génétiques sur des abeilles mellifères capturées sur le territoire, afin d’évaluer le caractère indigène de leur ADN et d’identifier des zones déjà fréquentées par l’abeille noire, afin d’y installer les ruches-troncs. Nous avons aussi la chance de compter plusieurs communes dans le Parc national qui mènent une politique volontariste en faveur de l’abeille noire en apiculture. »

Pascaline Bertrand (Mellifica)

Enfin, il a fallu identifier les arbres adaptés et bien exposés. « Ici, le Département de la Nature et des Forêts (DNF), dont les agents connaissent parfaitement le terrain, a apporté une expertise précieuse », complète Arielle.

Il reste à espérer que notre abeille mellifère indigène apprécie cette nouvelle offre de logement, conçue sur mesure pour elle. L’ASBL Mellifica contrôlera les ruches trois fois par an. « Nous en tirerons de précieuses données », souligne Pascaline Bertrand, « et nous pourrons assurer l’entretien et la réparation si nécessaire ».

Ces ruches ont pu être réalisées grâce à la généreuse participation de la scierie Saint-Joseph - Ets Lapôtre à Nismes (Viroinval), qui a fait don des tronçons de fûts de chêne pour la fabrication des ruches.

L'abeille noire par l'illustratrice Romko