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Par Lise Piron

Le redon, la pique, la platelle, le clavelas : ces cloches ou « sonnailles » provençales accompagnent le passage du berger et le soutiennent dans sa tâche. Chacune remplit une fonction dans le troupeau et contribue à une incomparable musique paysagère.

Fin janvier, une encombrante et bruyante livraison est arrivée dans nos bureaux, depuis Arles en Provence. C’est probablement la première fois que ces instrument, issus d’un artisanat ancestral, débarque chez nous

Chaque sonnaille joue son rôle

Dans la caisse, 25 cloches accrochées à des harnais de bois et percutées par des battants en os, se répartissent en quatre types, de tailles différentes :

  • le redon, plus gros, est porté par un « menon » (bélier castré) lors des transhumances. Cette grosse cloche domine par sa sonorité puissante, indiquant au troupeau qu’il faut avancer. Elle marque le rythme et entraîne le carillon à sa suite ;
  • la pique, au son sombre, calme le troupeau. Elle est destinée aux brebis meneuses, familières du menon, qui marchent plutôt à l'avant du groupe ;
  • la platelle, au son cristallin, affuble les bêtes de « caractères’, les fugueuses ou les « grâce », qui tendent à prendre la tangente ou traîner en fin de peloton. Le berger doit tenir à l’œil – et ici, les avoir au creux de l’oreille. Repère indispensable par mauvais temps, elle perce facilement le brouillard et la pluie ;
  • le clavelas sert à la protection contre les loups ou à repérer certaines brebis allaitantes en période d’agnelage (l’hiver). Elle tinte plutôt en milieu de troupeau.

L’un des derniers artisans en activité

Notre équipe pâturage itinérant, ici représentant par Lise et Jules, stagiaire en fin d’apprentissage, ont opté pour les sonnailles de type provençal, dont le col en bois offrent une meilleure garantie que les bêtes ne se coincent pas dans les fourrés et les clôtures.

Les sonnailles du troupeau du Parc national ont été fabriquées par Damien Maxence (Sonn’Arles), d’Arles. Il est l’un des trois derniers artisans français à pratiquer cette activité ancestrale.

Photo: d'après le film de M. Carteyrade

Lise, bergère

L’un des derniers artisans en activité

Notre équipe pâturage itinérant, ici représentant par Lise et Jules, stagiaire en fin d’apprentissage, ont opté pour les sonnailles de type provençal, dont le col en bois offrent une meilleure garantie que les bêtes ne se coincent pas dans les fourrés et les clôtures.

«Les sonnailles du troupeau du Parc national ont été fabriquées par Damien Maxence (Sonn’Arles), d’Arles. Il est l’un des trois derniers artisans français à pratiquer cette activité ancestrale en Provence», précise Lise.

Photo: d'après le film de M. Carteyrade

Un orchestre où chacun joue sa partition

L’équipe et ses chiens pourront ainsi mieux encadrer et guider le troupeau du Parc national lors des transhumances et des gardes, qui reprendront en mai prochain. Les sonnailles servent autant aux brebis qu'aux bergers ou aux chiens.

  • Pour les brebis : permet de savoir sans lever la tête (donc sans s'arrêter de manger) où se trouve le reste du troupeau ou si quelque chose d’anormal se produit. C'est d'autant plus important dans des milieux plus fermés ou par brouillard. Grégaires, les brebis ont besoin de savoir où se trouvent leurs congénères.
  • Pour les bergers : « chaque troupeau possède sa propre mélodie, une fois qu'on la connaît, on sait dire intuitivement quand il manque une bête car le son parait différent. Dans le brouillard ou dans des zones de végétation plus fermée (broussaille) où la visibilité est réduite (petit vallon ou bosses, etc.), cela nous permet de savoir où est le troupeau, s'il avance ou pas, à quel rythme ou si quelque chose se passe (quand les brebis courent, les cloches sonnent plus vite) », raconte Lise, qui s’est formée dans les Alpes.
  • Pour les chiens : quand on envoie un chien rechercher des retardataires, il pourra les repérer plus facilement et lorsque le troupeau est effrayé et se met à courir, le chien est immédiatement mis en alerte par le carillon des sonnailles.

On savait que la Calestienne de l’Entre-Sambre-et-Meuse dégageait un parfum de Provence. Elle évoquera désormais aussi l’accent chantant de ses paysages pastoraux…